Ce soir-là, nous rentrions heureux dans 2020. Nous nous sommes tous souhaité une année exceptionnelle et franchement, pour une fois, les prières de tous ont été entendues. Il y a longtemps que Dieu cherchait une solution pour satisfaire la chèvre et le chou. Imaginez la veille d’une guerre ou d’un match de foot. Chaque camp Lui envoie des prières antagonistes. « Seigneur, fait nous battre ces Ghanéens vauriens là 3 à 0 » entend-on du côté de Koumassi. « Oh lord, make us beat these void Ivorians 3 to 0 » entend-on du côté de Kumassi. Pas facile de trancher. Même quand il y a match nul, personne n’est content. Mais Dieu n’est pas gaou1, dit la rue abidjanaise. En termes de laboratoire de recherches, il est plus fort que Andry Rajoelina2. Ça Lui prend quelques semaines seulement pour trouver la solution pour mettre d’accord tous les « je te souhaite une année exceptionnelle, etc. » : le coronavirus.

Quand les Chinois ont mis en quarantaine 11 millions d’habitants et construit un hôpital de 5 000 lits en 10 jours, on avait encore la gueule de bois du réveillon. Et puis les Italiens ont commencé à mourir. Ont suivi les images d’hôpitaux européens bondés comme le marché d’Adjamé, le personnel médical en panique comme des manoeuvres dans un champ de fourmis magnans, les familles en pleurs comme dans les funérailles Bhété3 à la place CP1 de Yopougon… ce n’est qu’à ce moment que nous avons pris la mesure de ce qui nous fonçait dessus. Nos dirigeants se sont souvenus de ce proverbe Gouro4 : « une bagarre d’où le lion revient blessé, qu’est-ce que le pangolin peut y faire ? » Ici, le lion désigne leurs homologues européens évidemment. Et le pangolin… il se planque dans sa tanière. Roulé en position foetale, il attend. Pour une fois, nous ne sommes pas les seuls démunis face à une menace. Le monde entier fait le pangolin.

Du jour au lendemain, « confinement » est devenu le mot le plus usité de la planète. Il y a quelques semaines, personne n’avait l’occasion de briller en société en le prononçant, même les plus pédants (il y en a beaucoup) ou les plus érudits (il y en a peu). À l’heure où s’écrivent ces lignes (comme si des lignes peuvent s’écrire seules, il y a des expressions vraiment !), on pense que le monde entier dit plus souvent « confinement » que « bonjour ». Mais comme pour tous les mots stars, on les utilise à tout bout de champ sans savoir ce qu’ils signifient réellement. J’ai ouvert le dico et j’ai compris que les temps que nous vivons ne sont vraiment pas faciles. Ceux qui dorment en classe, réveillez-vous !

« Confinement » vient du verbe « confiner », du latin confinium qui veut dire « frontière ». Donc, vous comprenez pourquoi la première des choses qu’ils ont faite c’est de fermer les frontières, mais ce n’est pas de ça que je veux parler. « Confiner » est un verbe du premier groupe… mais ce n’est pas de ça que je veux parler non plus. « Confiner » est un verbe transitif qui peut être direct et indirect. Voilàààààà, c’est 

de ça que je veux parler. Mais là, je vois que vous êtes complètement perdus. Alors je m’explique.

Au transitif direct, « Confiner » signifie « forcer à rester enfermé ». Exemple : Pour éviter l’expansion de la pandémie, confiner les populations dans leurs domiciles, les forcer à rester chez elles. Chacun chez soi, loin de son voisin et les virus sont bien gardés ! La presse mondiale l’a résumé dans le terme « distanciation sociale ». Mais, le problème avec le verbe « confiner », c’est qu’à la forme transitive indirecte (ceux qui n’ont pas suivi peuvent sortir de la classe), il signifie exactement le contraire : toucher, être proche de, appartenir à. Exemple : la Côte d’Ivoire confine au Ghana signifie que les deux pays se touchent, ils partagent la même frontière (souvenez-vous du latin confinium plus haut). Le verbe signifie une chose ou son contraire selon sa forme. Le gouvernement avait compris avant vous (ils suivent en classe). Ce qui fait que dans notre Baabi chérie, toutes les nuits, on était forcés par un couvre-feu à rester chez nous, confinés au sens transitif direct. Mais la journée, on était tous dehors, bien mélangés, toujours aussi proches les uns des autres, confinés au sens transitif indirect. Vous êtes d’accord avec moi cette situation… confine à l’absurde, n’est-ce pas ? En attendant d’y voir clair, lavez-vous les mains, lavez vos habits aussi, ne crachez pas partout, bref soyez bien propres, ce n’est pas le coronavirus qui demande ça, mais l’éducation.

Le mois prochain, je vous raconte un « moi » de confinement.

mad in Gauz’

1 Gaou : idiot, stupide, ignare, ingénu, bête… gaou quoi ! Et si tu ne comprends pas encore, demande à Magic System il vont t’expliquer.

2 Andry Rajoelina : ancien DJ, riche homme d’affaires, ancien et nouveau président de Madagascar, fabricant de médicaments miracles…

3 Bhété (bété) : écrit ainsi par l’auteur

4 Gouro : peuple de Côte d’Ivoire connu pour l’invention d’un cure-dent qui est dans toutes les bouches, mais ne cure aucune dent.

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