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Jean-Paul Mehansio : « Danser pour moi, c’est partager la vie »

Jean-Paul Mehansio a toujours un sourire au coin des lèvres et dans les yeux. La voix pleine de soleil, le geste généreux, sa longue silhouette de danseur vibrant d’une énergie intense, le trentenaire fourmille de projets, et compte déjà un CV remarquablement fourni. Portrait d’un talent haut en couleur, récemment auréolé du titre de meilleur chorégraphe de Côte d’Ivoire.

La vie de Jean-Paul est traversée par le mouvement. D’abord, celui des nombreux déménagements qui lui donnent très tôt le goût des autres cultures, de Bangolo – son village natal situé non loin de Man – à Napié en passant par Korhogo, Ayamé puis Abidjan, où il suit son frère aîné, professeur d’éducation physique, au gré de ses affectations. Et puis la danse, dont il attrape le virus dès l’enfance, s’illustrant dans les compétitions intercommunales et créant un club dédié dans chaque établissement où il effectue un bout de scolarité. Les masques sacrés de l’Ouest ivoirien dont il reproduit les pas en cachette lors des funérailles et des mariages, les créations de Marie-Rose Guiraud et du Ki-Yi M’bock qu’il dévore à la télévision… Tout cela contribuera à forger son style, nourrissant son œil et son écriture de chorégraphe. Le bac scientifique en poche, Jean-Paul « monte » à la capitale poursuivre des études de géochimie sur les conseils de son oncle, alors ministre des Mines et de l’Industrie, mais sera bien vite rattrapé par sa passion. Encouragé par l’un de ses professeurs, il tente sa chance à l’INSAAC, où il s’enthousiasme pour les cours de mime, d’expression corporelle et de théâtre. Quatre ans plus tard, fraîchement diplômé, il prend part au spectacle chorégraphié par Georges Momboye pour le cinquantenaire de l’indépendance. Il sera également son assistant pour l’ouverture du troisième Festival mondial des arts nègres à Dakar, qui réunit 2 000 danseurs du continent dans le stade Léopold Sédar Senghor. Entouré d’artistes comme Angélique Kidjo, Manu Dibango ou Youssou N’Dour, il réalise qu’il aspire à une carrière internationale. Tandis que la Côte d’Ivoire s’enlise dans la crise, le monde s’ouvre à lui. En 2012, il part suivre une formation en danse classique et Modern Jazz à l’École des Beaux-Arts de Györ en Hongrie, puis parfait ses techniques de danse contemporaine et africaine à l’École des Sables de Toubab Dialaw sous la houlette de Germaine Acogny, avant d’obtenir son diplôme d’État pour l’enseignement au Centre national de danse de Pantin. Parallèlement, l’artiste travaille avec les chorégraphes Moussa Sidibé, Nestor Yahi Gahé, Otto Demcsak, Salia Sanou, Moïse Touré, Jean-Claude Galotta, Serge Aimé Coulibaly, Joseph Nadj, et Olivier Dubois, directeur du Centre chorégraphique national Roubaix Nord-Pas de Calais, qui lui ouvre le champ des possibles avec le spectacle « Souls », grâce auquel Mehansio se produira à travers le monde pendant 3 ans. Côté créations, l’Ivoirien n’est pas en reste : « Toi, Moi, Nous » et « Mreya » (cocréés respectivement avec le danseur égyptien Mounir Saeed et le musicien tunisien Abderraouf Ouertani), « Gnéan/Miroir » (son premier solo qui se jouera au Caire, Alexandrie, Abidjan, Tokyo, Kyoto, New York et Paris), « Le journal d’un mûrier » (écrit à Beyrouth à partir du livre de la philosophe libanaise Nadine Abou Zaki), puis à Abidjan, « L’Inconnu », « Kaidara » (inspiré d’un ouvrage d’Amadou Hampâté Bâ), et « Soundjata le contemporain ». Doté d’une curiosité insatiable pour toutes les formes d’art, ce danseur et chorégraphe multiculturel par excellence a aussi le goût du partage et de la transmission. C’est dans cette optique qu’il a récemment ouvert avec son épouse Véronique Rieffel La Cocoteraie des Arts, un centre artistique pluridisciplinaire faisant à la fois office de lieu de résidence et de diffusion et de cadre de formation ouvert aux professionnels comme aux amateurs. Il sera bientôt possible d’y suivre les « Ateliers JPM » ainsi que des cours d’Afropeps, une discipline « maison » à la croisée des cultures, alliant danse et pratique sportive… En attendant le lancement des GADA (Grands ateliers de danse d’Abidjan) et le prochain spectacle de Jean-Paul, « Le chant des masques », inspiré des bals poussière mystiques du Grand Ouest ivoirien.

Site : jeanpaulmehansio.fr

Face : jean Paul Mehansio Danseur

Insta : mehansio_jean_paul_

Par E. Vermeil

Publié en juin 2021