Cet été, la Case Bleue réaffirme avec éclat sa vocation de mécène des arts. Après avoir accueilli les œuvres de Stéphane Blé, Carine Mansan Chowanek, Obou Gbais… ce charmant établissement dirigé par Luc Ragot prête ses murs à la styliste Loza Maléombho, qui y expose jusqu’à mi-juillet sept clichés issus de sa série #AlienEdits. Si vous n’avez encore jamais vu ces créations fantasques et colorées, c’est le moment de vous rattraper : régal des yeux en perspective!

Certains d’entre vous l’ont peut-être découverte en 2015 à la LouiSimone Guirandou Gallery, où sa série d’autoportraits a été présentée exceptionnellement sous forme d’exposition après avoir fait le buzz sur Internet. Loza aime ce qu’elle fait et on sent qu’elle s’amuse : une évidence qui saute aux yeux lorsqu’on parcourt son compte Instagram. Mais derrière l’apparente légèreté de ces selfies à l’élégance déjantée, des heures de travail et surtout, un désir de réparation.

Une icône de la mixité culturelle

Née au Brésil de parents ivoirien et centrafricain et élevée entre Abidjan et Washington DC, cette diplômée en infographie de l’Université des Arts de Philadelphie s’est d’abord fait une réputation dans le stylisme, qu’elle a appris auprès de grands noms de la création américaine comme Jill Stuart ou Cynthia Rowley. En 2012, sa marque LM, créée 3 ans plus tôt et inspirée d’un patrimoine africain que la jeune femme revisite avec une audace réjouissante et un sens inné de la silhouette, prend son envol. Sa ligne de vêtements et accessoires féminins sera mise en avant dans la vidéo «Formation» de Beyoncé, et les magazines Vogue, Elle, Marie-Claire, Madame Figaro, Forbes Africa… Cette même année, elle quitte New York et se relocalise à Abidjan, où elle emploie prioritairement des jeunes femmes issues de milieux défavorisés pour donner vie à ses patrons. Créatrice touche-à-tout et non conventionnelle, Loza a eu envie de se développer en dehors de la mode, en s’essayant à la photographie artistique à travers une série d’autoportraits qu’elle a intitulée #AlienEdits et d’abord publiée sur son compte Instagram. 

Black is beautiful !

Le projet #AlienEdits explore un paradoxe et soigne une blessure. Paradoxe, celui de la génération milléniale et de ses selfies, symptômes d’un narcissisme de masse s’affichant sur les réseaux sociaux quand pourtant, cette armée de «self-lovers» n’hésite pas à s’impliquer pour défendre des causes qu’elle juge importantes.   Blessure(s), les injustices et les crimes subis par la communauté afro-américaine, surtout lorsqu’ils restent impunis, comme le meurtre du jeune Trayvon Martin, qui a donné lieu en 2012 au mouvement Black Lives Matter… et à la très virale série #AlienEdits où Loza, jouant les caméléons, revêt toutes les couleurs de l’Afrique et de ses artefacts passés et présents. À travers ces «poégraphies», la jeune femme bouscule les stéréotypes et encourage à l’estime de soi, tout en célébrant l’esthétique africaine et la diversité culturelle. En adoptant le double statut d’observatrice et d’observée, elle place le pouvoir de représentation entre ses propres mains et se réapproprie son image, interrogeant son audience avec autant de grâce que d’humour. On adore!

  1. #AlienEdits est un collage digital. La série contient également des vidéos conceptuelles qui animent ou évoquent des émotions et des histoires.

  Loza Maléombho

  Facebook : Loza Maléombho

 Instagram : lozamaleombho

E.Vermeil