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Retenez bien ce nom, il est voué à briller. Et pas qu’en Côte d’Ivoire, BAAB en fait le pari. Obou est un virtuose du trait. Un travailleur dément doté d’un pur talent. De cet artiste-plasticien qui fêtera ses 27 ans le 6 avril, on pourrait dire, à l’instar de Picasso, qu’il a «commencé là où d’autres s’arrêtent». Révélé au grand public par une série de portraits féminins exposée à la Rotonde des Arts en 2018

Il s’appelle Gbais Obou Yves Fredy. Vous avez peut-être déjà croisé ses œuvres sur les murs de l’INSAAC, à la boutique Dozo, au Café Choco de l’IFCI ou au Sonoco Plaza, où l’on peut avoir un aperçu du style qui a fait sa renommée : le Braid Art1 , soit la sublimation du laid par le beau. Après s’être un temps cherché, Obou a fait sienne cette écriture particulière, fruit de sa rencontre déterminante avec les œuvres torturées du peintre équatorien Oswaldo Guayasamín et la pureté éthérée des masques de l’Ouest, sa région natale. C’est en tant que réfugié de guerre qu’il arrive à Abidjan, en 2004. L’art aura pour lui valeur de thérapie. Après un baccalauréat au Lycée d’enseignement artistique de l’INSAAC, il intègre le tronc commun des Beaux-arts où il se distingue par d’exceptionnelles aptitudes en dessin, puis se spécialise en peinture, médium idéal selon lui pour raconter une histoire, son histoire. Mais à sa façon, c’est-à-dire loin des diktats imposés par l’académisme et le désir de plaire au plus grand nombre. Ses premières toiles, minimalistes dans les traits et les couleurs, dépeignent la terreur, le trauma. «Ça donne des visages déformés, des yeux ronds et anormalement gros, des bouches grandes ouvertes, de grosses mains… Comme pour dire que la guerre fait des dégâts, déforme et détruit l’être humain». Cette distorsion des traits et des proportions restera sa marque de fabrique, expression d’une interprétation ultra-stylisée du réel. Si ses toiles se sont, depuis, enrichies de matière(s) et parées de couleurs vibrantes, les personnages d’Obou, même lorsqu’ils sourient, ont toujours l’air un peu tristes. Autre signe distinctif, malgré un style graphique résolument urbain empruntant volontiers à la culture street-art (certaines de ses œuvres évoquent notamment Basquiat et Keith Haring) : un attachement profond à ses racines africaines, toujours présentes d’une façon ou d’une autre dans la toile, que ce soit sous la forme d’un maquillage corporel inspiré des traditions yacouba, d’un masque, ou de la terre qu’il incorpore à la peinture et travaille du bout des doigts, en entrelacs fiévreux démêlant l’écheveau d’une psyché tourmentée. Sa dernière série en date, «Mon Bidonville», dont certaines toiles ont été présentées à «BICICI Amie des Arts» et d’autres, exposées à la Case bleue à Bassam, traite de l’amoncellement, propre à la ghettoïsation de certains quartiers d’Abidjan. À travers des œuvres d’une remarquable complexité architecturale où corps et habitations s’entremêlent dans un canevas hypnotique évoquant tour à tour Escher et «Où est Charlie?», Obou nous dépeint la dure réalité des oubliés de l’émergence s’entassant dans les gloglos et les bas-fonds où, pourtant, subsiste toujours une forme de chaleur humaine. Éblouissant.

1Terme utilisé par les étudiants des Beaux-arts pour désigner des œuvres particulièrement laides, ratées.

Instagram : peintrobou

E. Vermeil