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Depuis 3 mois, le mur d’enceinte de la fondation Donwahi, habituellement si coloré, affiche le noir du deuil. Celui que porte le monde de l’art en hommage à Franck Fanny, artiste contemporain, photographe et bien plus, décédé brutalement le 3 juillet 2021. Son passage ici-bas aura marqué bien des gens, des plus humbles aux plus nantis, des anonymes aux célébrités, touchant même ceux qui n’avaient fait que le croiser. BAAB se joint à eux pour lui adresser un dernier au revoir.

«Kommander Kobayashi», «Essoh», «Tchabio», «Fanfan la Tulipe», «Fanny de Apkètê», «Franckai»… Cet artiste au tempérament de feu, que l’on imagine volontiers issu de la fusion entre un homme et une comète, avait mille et un noms de caresse, et laisse à chacun un souvenir en partage. Son CV touche-à-tout dénote un caractère et des dispositions hors normes, alliant des compétences techniques d’exception et une sensibilité artistique sans concession.

À cet ancien ingénieur en informatique et télécoms, on ne doit rien moins que la mise en place du réseau Moov Afrique. Créateur en 2009 du Tramigo, le premier GPS de Côte d’Ivoire, Franck Fanny est également à l’origine de la plateforme cotedivoireelectorale.com, un outil indépendant ayant servi à monitorer en temps réel les élections de 2011. Pas à une casquette près, il fut ensuite DG de la société de géo-référencement O-One, consultant télécom, secrétaire général de la fondation Donwahi pour l’art contemporain, puis DG de Yolo Media Factory, une maison de production spécialisée dans la conception et la réalisation de contenus audiovisuels. Mais c’est en tant que photographe qu’il aura le plus durablement marqué les esprits. Une vocation éclose en 2001 à l’occasion d’un séjour en Jamaïque et qui, de simple hobby, est vite devenue une activité à part entière, puisqu’à peine 2 ans plus tard, il est mandaté par MTN pour une campagne publicitaire massive impliquant des clichés de paysages urbains de Côte d’Ivoire, du Cameroun et du Congo. 

Son talent unanimement reconnu le mènera de la Côte d’Ivoire (Festival des Arts Visuels d’Abidjan dont il remporte le 1er prix en 2007, puis expo solo à la galerie le LAB en 2008) à l’Allemagne et aux États-Unis (exposition itinérante La Divine Comédie, organisée par Simon Njami en 2014 au Museum für Moderne Kunst de Francfort, puis en 2015 au Musée SCAD, Savannah, et à la Smithsonian Institution de Washington) en passant par Londres (1.54 African Contemporary Art Fair), Paris (AKAA, Paris Art Fair), Rome, Milan (projet AtWork de la fondation Moleskine)… En 2013, il représente pour la première fois la Côte d’Ivoire à la 55ème Biennale de Venise aux côtés de Frédéric Bruly-Bouabré, Tamsir Dia et Jems Koko-Bi, et en 2018, il reçoit le prestigieux prix UEMOA au 13ème Dak’Art. 

Intense, exigeante, déroutante et subversive, l’œuvre de l’artiste est le vibrant reflet de l’homme. Des séries «ADN» («Abidjan de nuit»), à «Chinafricanism» en passant par «Another» et bien d’autres, Franck Fanny compose des tableaux conceptuels hypnotisants qui proposent une interprétation toute personnelle de nos réalités et du monde qui nous entoure… 

«Aimer l’autre sans le connaître, seul l’art permet cela», disait-il en 2011. Le vide qu’il laisse derrière lui en est la parfaite illustration : nous t’aimons et nous t’aimerons, Franck. Que la terre te soit légère…

Par E. Vermeil.

Publié en octobre 2021