Loin des plages huppées où le tout Babi se croise chaque week-end dans un ballet ensoleillé, le Parc National du Banco (PNB) offre une retraite enchantée à l’ombre de géants centenaires. Avec plus de 20 000 visiteurs/an, il s’impose comme la vitrine de la richesse floristique du pays, et joue un double rôle de poumon vert et réservoir hydraulique. Si l’urbanisation et la démographie galopantes ont détruit une bonne partie de sa forêt, elles n’ont nullement entamé sa majestueuse beauté. Un éblouissement de tous les sens au cœur de la cité, trésor dont Abidjan est l’une des seules villes au monde à disposer, avec Rio.Le PNB doit son nom à la rivière qui y prend sa source, déformation du terme «Gbangbo », par lequel on désignait jadis le génie habitant l’onde réputée purificatrice. Dimanche au maquis de l’École forestière. Un père de famille nostalgique se remémore les saltos qu’il effectuait enfant dans le ru transparent devenu filet d’eau boueuse. Tout autour, une dizaine de maisons patriciennes accueillent les travailleurs du parc et leurs proches. Une sorte de paisible enclave villageoise, autrefois lieu de villégiature des colons, vers laquelle convergent et d’où partent tous les chemins de randonnée. Pour y accéder, on parcourt quelques kilomètres de sentiers balisés serpentant à travers une luxuriante canopée d’acajous, bambous de Chine, makorés, kapokiers, framirés, frakés, avodirés, et autres espèces caractéristiques de la forêt dense humide sempervirente. Côté animaux, beaucoup d’oiseaux, quelques reptiles et amphibiens, et assez peu de mammifères. L’arboretum a des allures de sanctuaire oublié avec ses plaques mangées de mousse. La mémoire des essences rares qu’il abrite subsiste grâce à des hommes comme Kouamé, guide passionné de botanique et d’ornithologie, qui parle couramment le langage de la forêt et ses mille et une déclinaisons. Les arbres n’ont pas de secret pour lui. Ni le niangon, qui développe des contreforts dont les chimpanzés se servent pour communiquer; ni l’aguia, à partir duquel on fabrique les échasses des masques yacoubas; ni l’aiélé aux multiples vertus; ni le katemfe, avec les feuilles duquel on emballait autrefois l’attiéké, et dont on extrait la thaumatine, utilisée comme édulcorant pour son haut pouvoir sucrant. La chanson du vent dans leurs branches évoque une pluie naissante, illusion auditive que dément vite le rayon de soleil effleurant la façade vert d’eau de la Maison de la nature, petit écomusée perché dans les hauteurs. Ici, là-bas, partout, les voix de la forêt semblent converger dans un même murmure : « La Terre n’est pas un don de nos parents. Ce sont nos enfants qui nous la prêtent». Prenons-en soin.

E. Vermeil

Publié en août 2019