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L a vieille !». Il est une seule contrée au monde, où une femme se retourne avec plaisir quand on l’interpelle de la sorte : la Côte d’Ivoire. Ailleurs, surtout en Occident, vous recueillez un regard courroucé (le meilleur des cas), ou bien on vous cueille d’un coup de talon (le moins pire des cas). A Baabi, un grand sourire vous accueille. Appeler une femme «la vieille» est gravide d’amour et de reconnaissance filiale. Le groupe nominal (on dit «la vieille») ne réfère point à un âge, ni au poids des ans. En l’enveloppant d’une extrême tendresse, «la vieille» définit l’état de mère, celle qui a enfanté. L’utilisation de l’expression est généralisée au point où  «maman», le mot pourtant mondialement consacré, est un peu relégué à un second plan. Pour la mère d’une amie, la voisine du quartier, une vieille femme rencontrée dans la rue, parfois même pour sa petite amie, ce sera «maman». 

«La vieille», c’est au dessus de tout et c’est en l’appelant comme ça qu’on se sent le plus proche d’elle. Alors l’expression courante «la vieille mère» serait-elle une tautologie ? Point du tout. Paradoxalement, c’est avec «la vieille mère» qu’on introduit l’âge où l’expérience chez une femme. Pas besoin d’avoir jouer de l’utérus pour être «la vieille mère». Une certaine expérience de la vie suffit. Il y a même un zeste d’impertinence et de lubricité dans cette dernière expression. Ah les voies lexicales ivoiriennes sont comme le boulevard Nangui Abrogoa un samedi : impénétrables ! 

Alors, pas de zèle le dernier dimanche du mois de mai ; rendez lui visite avec un cadeau, même très modeste, et dites lui tout simplement : «bonne fête la vieille !»

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