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En rendant les trajectoires de nos vies aussi aléatoires qu’incertaines, la crise sanitaire aura parfois généré de bienheureux accidents. À la croisée de 2020 et 2021, la Côte d’Ivoire a ainsi pu découvrir l’un de ses enfants prodiges : le batteur de renommée internationale Papa-Malick Kourouma Koly, fils de Souleymane Koly – créateur inspiré du mythique ensemble Kotéba, et d’Awa Sangho, la « Voix d’Or du Mali ». BAAB a rencontré ce virtuose vingtenaire et vous raconte ici son incroyable histoire.

Gratitude. C’est ce qu’éprouve Malick pour la chance d’être tombé dans le groove à peine sorti des couches, ce qui lui a permis d’acquérir très tôt une maturité musicale grâce à laquelle il a pu « commencer là où d’autres s’arrêtent », comme disait Picasso. Doté d’un toucher à la précision redoutable et d’une remarquable coordination œil-main, il tire sa vitalité artistique d’une inlassable soif d’apprendre et d’une capacité de travail hors norme (6 à 7 heures de batterie chaque jour quand il le peut), dans la droite lignée de ce qu’il appelle « l’Esprit Kotéba ». Les bonnes fées qui entouraient son berceau, bringuebalé de concert en tournée par ses parents nomades, se nommaient Paco Sery, Richard Bona, Lokua Kanza, Tidiane Seck, Salif Keita, Oumou Sangaré… et parmi ses mentors, figurent quelques-uns des plus grands noms du jazz : les frères Roney, Reginald Workman, Billy Harper, Will Calhoun, Nasheet Waits, ou encore Michael Carvin. Pour lui, la batterie – avec laquelle il se familiarise dès l’âge de 2 ans, ne sera pas un choix mais un appel : le rythme primitif du cœur maternel, battant in utero la mesure de toutes les émancipations, particulièrement à travers l’histoire du jazz pour lequel Malick nourrit des affinités héritées de son père, enrichies des sonorités du riche patrimoine musical ouest-africain. Jusqu’à ses 12 ans, l’enfant grandit entre Abidjan, Montpellier et Conakry, avant de suivre aux États-Unis sa mère et son beau-père, le percussionniste Daniel Moreno. Direction la Californie, où il intègre le lycée Saint Helena High, dans la Napa Valley. À l’aube de l’adolescence, seul élève noir de l’établissement, il se retrouve confronté au racisme dans un pays dont il ne parle pas la langue. La musique lui permettra de s’intégrer tout en fédérant : bientôt, son groupe, « Jazz in the Quad » rassemble chaque vendredi des foules enthousiastes. Ses études secondaires achevées, Malick déménage à New York pour y suivre le cursus Jazz et musique contemporaine de la prestigieuse université New School. Débauché par le grand bassiste américain Charnett Moffett, il s’offrira le luxe de ne pas y rester plus d’un semestre. À peine âgé de 18 ans, il multiplie les collaborations avec des artistes de renom et est rapidement classé parmi les sidemen virtuoses capables de s’adapter à tout type de musique, à tout moment. « Je ne me soumets pas aux genres, explique-t-il. La catégorisation par genre n’est qu’une façon d’avoir la mainmise commerciale sur les artistes. Je préfère toucher toutes les audiences grâce à ma polyvalence ». En 2019, l’immense Wallace Roney (trompettiste des Jazz Messengers, de Tony Williams et du Miles Davis Tribute Band) lui propose d’intégrer son quintet, avec lequel il se produira jusqu’au décès de Roney des suites de la Covid, en mars 2020. Sa carrière, menée jusque-là tambour battant, se heurte brusquement au deuil du mentor et au silence des salles. C’est en Côte d’Ivoire, où il est de passage plus ou moins par hasard après onze ans d’absence, qu’il retrouve la chaleur de la communion avec le public. Pour ce New-Yorkais d’adoption natif d’Abidjan, l’année 2021 sera celle du retour aux sources : profitant de ce que le continent est relativement épargné par la pandémie, il aimerait mettre en place une tournée africaine. Dans le pipe également : l’enregistrement de son premier album, et un documentaire vidéo que le prestigieux New York Times lui consacre. Pas de doute : le meilleur est devant ! 

E. Vermeil