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Pour son exposition d’été, la LouiSimone Guirandou Gallery a choisi de réunir deux valeurs montantes de la scène artistique ivoirienne : les plasticiens Obou Gbais et Rodrigue Obodjé, dont l’œuvre, bien qu’ils n’aient pas soixante ans à eux deux, témoigne déjà d’une surprenante maturité. Curatée par  Amédée Mulin, architecte et conseiller artistique, cette expo-événement s’inscrit dans la continuité de la qualité de programmation de la LouiSimone Guirandou Gallery. À découvrir.

Densité. De l’expérience mystique. De la charge spirituelle imprégnant la forêt, ses arbres entremêlés peuplés de présences et d’esprits mystérieux. Danse-cité. L’imbroglio halluciné de tous ces corps échevelés répétant quotidiennement leur chorégraphie machinale dans les quartiers précaires de la ville, véritables décharges humaines où tous les visages, figés en masques, finissent par se ressembler. La terre du village résonne, au loin. L’enracinement de la tradition étire son fil ténu, luttant contre les assauts répétés de la globalisation. Pleins et déliés. Lignes graphiques, claires et obsessionnelles d’un côté, quand le trait se fait évanescent, presque dématérialisé mais non moins habité de l’autre. Le tout lié par les mêmes couleurs vibrantes et des matériaux invoquant la terre natale, l’appartenance, l’identité. Obodjé installe son paysage à l’aide de fusain et de craie, matériaux fragiles et friables évoquant le kaolin et le sable sur lequel, enfant, il aimait dessiner. Couche après couche, ses œuvres acquièrent une profondeur délicate et sophistiquée. Obou, lui, incorpore à ses fonds de la terre qu’il travaille du bout des doigts, en entrelacs fiévreux démêlant l’écheveau d’une psyché tourmentée, dans une troublante similitude avec les tables de divination esquissées dans le sable par les oracles. Chez l’un comme l’autre, il y a une forme d’urgence, d’impulsion impérieuse. Trois mois. C’est le temps qu’il leur aura fallu pour produire la soixantaine de tableaux et dessins composant le corpus de cette exposition. Un dialogue artistique qui culmine dans l’installation centrale, montagne de bois fatigué taguée des maux et (des) espoirs de la jeunesse se faisant écho de la ville au village. On est «kallé». Full-foule. À la fois laids et beaux. Car c’est aussi cela, le propos de «Densité» : la laideur transcendée, engloutie dans la praxis; l’espoir révélé au bout de la nuit, comme lorsque le jeune initié renaît au monde après s’être frayé un passage hors du ventre de la terre nourricière. On peut y voir une métaphore du trauma de la guerre, que les deux jeunes hommes ont subi, intériorisé et exorcisé chacun à leur façon via la pratique artistique. Pendant la crise postélectorale de 2011, Obou est resté dans son quartier de Locodjoro-Jérusalem puis de Niangon, où il a vécu l’insécurité et s’est immergé dans la congestion urbaine ordinaire. Obodjé, lui, s’est réfugié à Ahoué, son village natal, pour un séjour prolongé lui permettant de renouer avec famille et tradition. À travers cette exposition, Obou témoigne de la densité de la foule, de la saturation du bâti et, plus globalement, de la congestion urbaine, si évocatrice des métropoles du continent. Dans une étonnante symétrie, Obodjé invite le spectateur à entrer en forêt, saturée elle aussi par la présence d’innombrables esprits. Ville et forêt se font écho dans cette opacité fourmillante, cité et forêt deviennent danse, la densité devient vie.

Focus Art: LouiSimone Guirandou Gallery | Baab

Cocody, rue C27, derrière la cité universitaire Mermoz

Tél. :  27 22 54 04 61

Facebook : LouiSimone Guirandou Gallery

E. Vermeil